Vendre ma deuxième voiture pour un vélo, six mois après je respire

·

·

Photo réaliste d’un vélo sur une rue urbaine au lever du soleil après avoir vendu une deuxième voiture

Vendre ma deuxième voiture pour un vélo m’a laissé devant le marché de Talensac, sous une pluie fine, avec une chaîne qui a claqué net au passage d’un pignon. J’avais mes deux enfants derrière moi, et je me suis senti coincé au milieu du flux, les mains froides sur le guidon. Ce matin-là, j’ai été convaincu que les petits trajets ne tiendraient pas sur la seule bonne volonté. Il me fallait voir ce que je supportais vraiment, pas ce que j’imaginais.

La première semaine où la deuxième voiture ne sort presque pas

La première semaine où la deuxième voiture ne sort presque pas, j’ai vu le tableau changer sans bruit. Je la gardais pour l’école, la boulangerie et un rendez-vous à 4 km, puis elle restait sous la bâche. Avec mes deux enfants, le trajet de 3 km me paraissait plus simple à vélo qu’en voiture, une fois comptés le siège, les ceintures et la place à trouver. J’ai noté que je perdais moins de temps à rouler qu’à tourner autour du quartier.

Je suis parti avec cette idée simple: remplacer les petits trajets en voiture par le vélo. Le dernier plein à 72 euros me restait en travers, et l’assurance tombait encore alors que la voiture servait deux fois par semaine. Je voulais aussi arrêter de sortir une seconde voiture pour une baguette, un dépôt à l’école ou un détour de 2 kilomètres. Je pensais gagner en autonomie, en silence et en souplesse, sans voir tout de suite la part d’entretien cachée dans le vélo.

à Nantes, j’ai fini par regarder mes trajets sans l’habitude du moteur. Je croyais que le vélo serait simple, presque muet dans son usage, comme un outil qui se contente d’avancer. Je ne savais rien, ou presque, de la pression des pneus, de la chaîne qui gratte après la pluie, ni du poids réel d’un antivol quand on le monte et qu’on le démonte trois fois par jour. J’ai appris plus tard que le quotidien se joue dans ces détails-là.

La réalité m’a vite rattrapé, entre galères techniques et petites frustrations du quotidien

Les premières semaines, je roulais avec un vélo de dépannage, et j’ai payé ce choix tout de suite. La selle me sciait au bout de 12 minutes, les pneus étaient trop fins, et l’absence de garde-boue m’envoyait une ligne grise sur le pantalon. Le pneu arrière était un peu mou le matin, sans crevaison franche, et je regonflais trop tard parce que je voulais gagner deux minutes, tandis que la chaîne couinait après la pluie. J’étais resté persuadé qu’un vélo, c’était une affaire de jambes, pas de réglages. Pas terrible, vraiment pas terrible.

Puis la chaîne a cassé un mardi de novembre, après deux jours de pluie. Je suis parti de l’école avec les deux enfants, et au bout de 11 minutes j’ai entendu le bruit sec, puis plus rien sous la pédale droite. Je me suis retrouvé au bord de la route, la chaîne en paquet contre le boîtier, avec leurs questions qui se sont tues d’un coup. J’ai marché jusqu’à la maison en poussant le vélo, et je me suis senti idiot devant eux, parce que je n’avais même pas une clef adaptée sur moi.

Après ça, j’ai commencé à repérer d’autres signes. Un disque légèrement voilé frottait par à-coups à basse vitesse, et je l’entendais juste en longeant la file des voitures. Les sacoches battaient contre les haubans quand je chargeais les courses, et le freinage devenait moins mordant sous l’eau. J’ai aussi négligé l’antivol, puis j’ai retrouvé le vélo déplacé de 40 cm, avec une marque sur le câble et un petit ‘clac’ dans la direction.

Le plus pénible restait la routine: sortir le vélo, détacher l’antivol, enfiler la veste pluie, puis la laisser sécher sur le même crochet près de l’entrée prenait plus de tête que le trajet. L’odeur de cette veste humide s’est installée dans le couloir, et je la sentais encore le matin suivant en ouvrant la porte. J’avais aussi acheté un vélo trop lourd pour les escaliers du local, et chaque montée me coupait l’envie de le sortir le lendemain. Au bout de 1 300 km, j’ai senti les plaquettes s’user, le levier descendre un peu trop loin, et les freins perdre un peu de mordant.

Après plusieurs galères, j’ai enfin compris ce que je devais changer pour que ça fonctionne vraiment

Le déclic est venu quand j’ai arrêté de me raconter des histoires. J’ai vu que mon problème venait moins du vélo que de tout ce qui l’entourait. J’ai changé les pneus pour des modèles plus larges, ajouté de vrais garde-boue, pris un antivol en U à 89 euros et des sacoches étanches. Le vélo de dépannage est resté au fond du local, et j’ai compris qu’un vélo mal choisi décourage plus qu’une côte.

À partir de là, j’ai changé ma routine. Chaque dimanche, je vérifiais la pression, et je regonflais dès que le pneu arrière paraissait un peu mou au matin. Après chaque pluie, je passais un chiffon sur la chaîne, puis un peu de lubrifiant, sans attendre que le bruit sec revienne au passage d’un pignon. Je nettoyais la transmission après deux jours de pluie, pas au moment où la chaîne commençait déjà à râper.

J’ai aussi fini par tester un VAE de prêt pendant 9 jours d’hiver. La batterie a perdu un quart de son souffle, et j’ai senti la différence dès le premier vent de face sur un faux plat que je passais en vélo classique sans y penser. Je suis rentré une fois avec les gants trempés et les jambes froides, puis j’ai compris que l’autonomie se lit aussi dans la météo. Une tenue sèche prête près de la porte m’a évité d’hésiter à chaque départ.

Six mois plus tard, je respire vraiment, mais je sais maintenant ce que je ne referai pas

Six mois plus tard, j’ai été frappé par un détail simple: la voiture dormait plus qu’elle ne roulait. La première facture d’assurance de 62 euros est arrivée alors que le plein n’avait pas bougé depuis 18 jours. J’ai aussi regardé le compteur d’essence avec un drôle de soulagement, parce que les trajets de 3 km avaient disparu du tableau. Les allers-retours vers Talensac et les rendez-vous à 4 km passaient désormais au vélo sans débat, et je ne tournais plus autour de la clé par réflexe.

Ce que je referais, c’est choisir le bon vélo dès le départ. J’aurais évité la selle de torture, les pneus trop fins, et le cadre trop lourd pour le local. J’aurais pris les garde-boue tout de suite, parce que la première veste humide qui pend près de l’entrée laisse une odeur tenace. J’aurais aussi accepté plus vite l’idée qu’un vélo utilisé tous les jours réclame un peu de suivi, presque chaque semaine, pas seulement quand il grince.

Ce que je ne referais pas, c’est partir avec un vélo de dépannage en croyant tenir six mois comme ça. Je ne laisserais plus un antivol léger décider de mes soirées, et je ne repousserais pas un bruit de chaîne sèche qui claque au passage d’un pignon. J’ai appris à ne pas attendre qu’un petit problème devienne une sortie ratée, surtout quand je transporte mes deux enfants ou quand le ciel se ferme. La pluie ne m’a pas arrêté, mais elle m’a forcé à regarder le vélo comme un outil qui se règle.

Au bout du compte, dans mon cas, ce changement tient si je vérifie la pression, graisse la chaîne et garde la voiture pour les courses lourdes ou les jours de pluie battante. Avec mes deux enfants, j’ai trouvé un rythme plus net, moins encombré, et je n’ai plus ce réflexe de tourner la clé pour un trajet de 2 km. Quand je traverse la place Graslin en vélo, je vois bien que la deuxième voiture n’était qu’un filet de secours. Six mois après, je respire, et je ne regrette pas d’avoir laissé ce rôle au vélo.

Avatar de Alban Marchant
La rédaction