Laisser la voiture au garage pour aller bosser à vélo m’a surpris

·

·

Homme de 42 ans surpris laissant sa voiture au garage pour aller au travail à vélo en ville

Laisser la voiture au garage pour aller bosser à vélo m’a surpris, rue de Strasbourg, quand la chaîne a claqué net au premier coup de pédale. J’avais laissé le parking du bureau derrière moi, casque sous le bras, avec le cœur un peu serré aux feux rouges. Le matin de début octobre, j’ai compris que ce premier trajet allait compter.

Au départ, je ne savais pas trop dans quoi je m’embarquais

À 42 ans, avec mes deux enfants et mes horaires qui bougent, je n’avais pas une marge folle le matin. Je partais de Nantes avec un sac, un carnet, et un trajet de 7 km jusqu’au centre. J’ai longtemps regardé les trajets des autres avant de tester le mien. Je roulais déjà à vélo, mais pas en mode utilitaire quotidien.

J’ai voulu laisser la voiture au garage pour éviter les bouchons et gagner du temps sur les trajets courts. Le prix du stationnement m’agaçait autant que les tours de quartier pour trouver une place. J’imaginais surtout la fatigue, la galère des vêtements, et la circulation qui vous serre les épaules. Autour de moi, deux amis m’ont dit que je finirais trempé dès la première côte.

Le verdict a été simple dès le départ: oui, c’était faisable. Mais j’ai compris qu’il me faudrait accepter quelques ratés. Sans ça, je serais resté au volant.

Les premiers jours, c’était loin d’être simple et ça m’a vite fait douter

Le premier matin, je suis parti avant 8 h, avec le bruit sec de la chaîne au démarrage. Le froid me mordait les doigts, et chaque feu rouge me paraissait plus long que le précédent. Au troisième arrêt, je me suis retrouvé à surveiller la circulation au lieu de regarder la piste. Le bas de mon pantalon a pris une fine pellicule de graisse noire côté chaîne, et ça m’a agacé d’entrée.

Je n’avais pas de garde-boue, un antivol trop léger, ni de tenue de rechange. À la première côte, j’ai fini avec le dos trempé sous le sac à dos, et un petit voile de sueur entre les omoplates. La chemise collait dans le haut du dos, puis la veste frottait à chaque relance. Je pensais tenir vingt minutes sans rien sentir; au bout de 12 minutes, je cherchais déjà où poser mon sac.

Au bout de quelques jours, j’ai senti le vélo devenir lourd et flou dans les virages. J’avais une crevaison lente, et je ne l’ai pas vue venir. Le lendemain, un frottement intermittent du frein après un dos d’âne m’a encore plus crispé. J’ai fini en retard, énervé, avec l’impression de ne pas savoir réparer grand-chose sur le moment.

Ce matin-là, j’ai hésité à reprendre la voiture. La pluie fine ajoutait une veste humide et un dos froid que je n’avais pas prévu. J’ai gardé le vélo, mais de justesse. Pas terrible, vraiment pas terrible.

Petit à petit, les trajets se sont dessinés et j’ai retrouvé confiance

Le tournant est venu un mardi, quand je suis arrivé au bureau avant les voitures du parking. Je n’ai pas tourné pendant cinq minutes pour trouver une place. J’ai posé le vélo, retiré le casque, et je me suis senti déjà lancé avant même d’ouvrir l’ordinateur. J’ai appris qu’un trajet urbain se juge aussi au stress qu’il enlève.

Après ça, j’ai monté de vrais garde-boue et j’ai choisi un antivol plus sérieux. J’ai aussi laissé une tenue de rechange au bureau, parce que la chemise humide m’avait saoulé deux matins de suite. Depuis, je vérifie la pression des pneus avant deux départs sur trois, et je lubrifie la chaîne après la pluie. Le bruit sec au redémarrage après un feu rouge a presque disparu.

J’ai fini par tracer des rues plus calmes, avec moins de feux et moins de redémarrages brutaux. Là, je garde mieux mon rythme, sans jouer au chrono. Le vent de face m’a quand même rappelé un truc simple: vingt minutes de retour peuvent donner l’impression d’en faire le double. Je n’avais pas perdu la forme, juste le bénéfice du vent arrière de l’aller.

Après 3 semaines, j’ai été convaincu, au bout de ces essais, que le vélo gardait mieux mon énergie que le volant. Le plus surprenant a été la tête plus claire à l’arrivée. Je ne débarquais pas cassé, juste échauffé. J’avais l’impression de laisser la matinée derrière moi avant même de m’asseoir.

Avec le recul, ce que je sais maintenant et ce que j’aurais aimé savoir avant

Avec le recul, j’ai compris que l’équipement compte presque autant que les jambes. Un antivol trop léger m’a empêché de laisser le vélo sereinement, et l’absence de garde-boue m’a coûté deux matinées humides. J’ai aussi appris à rouler plus souple, sans tirer sur les pédales dès le départ. Quand je force trop, je transpire avant même la première rue passante.

La pluie fine reste le vrai piège. Je crois passer entre les gouttes, puis j’arrive avec les lunettes mouillées, les doigts gelés et le freinage moins rassurant sur chaussée humide. Le vent de face fait pareil, en plus sournois. Je ne sais pas si je tiendrais le même rythme sur un trajet plus long, avec une côte.

Pour mes 7 km urbains, le vélo classique m’a paru juste. À mes yeux, il convient surtout aux trajets de 3 à 10 km, si on accepte de s’organiser un minimum. Pour un parcours plus long, ou pour quelqu’un qui ne veut jamais transpirer, je regarderais ailleurs. Quand la roue prend du jeu ou qu’un frein frotte encore, je passe par un vélociste.

J’ai aussi regardé le vélo électrique et le tram certains jours. Le premier m’aurait aidé dans la côte, le second m’aurait évité la pluie. Mais sur mon trajet, le vélo classique m’a gardé plus libre, et ça a pesé lourd dans ma décision.

Mon bilan après plusieurs semaines : ce que je referais et ce que je ne referais pas

Après plusieurs semaines, je suis rentré chez moi avec un autre rapport au matin. Je ne comptais plus sur la voiture pour tout absorber. Je me suis senti plus stable, et même mes journées avec les deux enfants avaient moins de place pour le stress du trajet. Le vélo a fini par devenir un rendez-vous, pas une corvée.

Je referais sans hésiter le temps d’adaptation, les essais de rues calmes et l’achat d’un bon antivol. Je garderais aussi la tenue de rechange au bureau, parce qu’elle m’a évité de repartir en nage après une côte. Et je continuerais à vérifier la pression des pneus, car le vélo mou m’a rendu la main bien trop vite. Ce petit geste change le départ.

Je ne referais pas le départ sans garde-boue, ni l’antivol trop léger. Je ne partirais plus non plus sans un minimum d’entretien, parce que la chaîne sale a tout de suite changé la sensation au pédalage. Et je n’ignorerais plus le moindre frottement après un dos d’âne. Je suis rentré plus calme les jours où j’avais pris ces réflexes.

Quand je repasse rue de Strasbourg, j’entends encore le premier claquement de chaîne, et je me dis que mon corps n’était pas contre moi. La route me testait, c’est tout. J’ai fini par l’accepter, et ce matin-là reste celui où j’ai changé ma façon d’aller bosser.

Avatar de Alban Marchant
La rédaction