Les pistes cyclables peintes au sol donnent une fausse sécurité

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Pistes cyclables peintes au sol créant une fausse sécurité en milieu urbain réaliste et détaillé

Sous la pluie fine, ma roue avant a mordu la peinture blanche du Cours des 50-Otages à Nantes, et le vélo a tiré d’un coup vers la gauche. J’allais déposer mes deux enfants à l’école, et je pensais rouler en sécurité sur cette bande séparée par une file de stationnement. J’ai été convaincu trop vite. Depuis, je regarde ces marquages comme un simple repère, pas comme une protection. Je précise surtout dans quels cas ils aident, et dans quels cas ils donnent une fausse impression de sécurité.

Le début où je me suis laissé convaincre par la peinture au sol

Je suis Alban Marchant, rédacteur du magazine Cycles Labarquette et journaliste indépendant spécialisé dans la mobilité. Mon quotidien de vélo, c’est du court, du répété et du chargé. Je pars trois fois par semaine avec un sac d’école, je coupe par des axes où la voiture colle au guidon, et je ne dispose pas toujours d’une piste séparée. Je ne suis pas mécanicien certifié, donc je me limite à ce que je vois sur la route et à ce que je constate sur mes trajets. Sur ces trajets de 12 minutes, la peinture au sol m’a paru être un compromis simple, lisible et assez malin pour gagner du temps sans sortir de mon trajet.

J’ai aussi regardé les autres solutions avant de me laisser tenter. Les pistes vraiment séparées existent, mais elles manquent à trois endroits sur quatre dès qu’un itinéraire traverse un quartier ancien, et les aménagements surélevés demandent des travaux que je ne voyais pas venir rapidement autour de chez moi. Je suis parti sur la solution la plus accessible parce qu’elle était déjà là, sous mes roues. J’ai longtemps regardé ces bandes avec un oeil trop indulgent, et j’étais sûr de moi.

Ce qui m’a fait croire au système, au début, c’est la lisibilité. Sur 300 mètres d’axe plat, la bande blanche me donnait une ligne nette, même quand les voitures stationnaient d’un côté. Le soir, sous un éclairage moyen, je repérais mieux ma trajectoire avant un carrefour. Je ne parle pas de confort absolu, juste d’un guidage visuel qui m’a semblé utile quand la circulation se tassait et que je voulais garder un cap sans zigzaguer.

J’ai aussi aimé cette fausse sensation de place réservée, surtout quand la bande était vide. Je me suis dit, un peu vite, que tenir ma ligne au milieu du marquage me rendait plus visible et plus stable. Mauvais réflexe. Avec le recul, je vois que je confondais lisibilité et sécurité réelle, et qu’une ligne peinte ne dit rien du comportement des autres.

Le matin où j’ai compris que ça ne marchait pas

Ce matin-là, la roue avant a glissé sur la peinture lisse comme sur un savon, et j’ai senti mon vélo partir vers le trottoir sans que je puisse rien faire. La pluie avait posé un film brillant sur la bande, plus glissante que l’enrobé autour, et le freinage a perdu de la tenue sur deux ou trois centimètres. J’ai eu ce petit sursaut dans les épaules, celui qui te coupe la respiration une seconde. Ce n’était pas une chute lourde, mais assez pour que je rentre secoué, les mains crispées sur le cintre.

Le pire, c’est que cet épisode ne sortait pas de nulle part. J’ai déjà vu des voitures s’arrêter sur la bande pour déposer quelqu’un, des portières s’ouvrir d’un coup, et des livreurs bloquer le passage en double file. Une fois, je me suis retrouvé coincé derrière une voiture qui mordait la peinture juste avant un carrefour, puis tournait à droite sans me laisser l’espace d’un guidon. Là, j’ai compris que la peinture ne protège rien quand la rue décide le contraire.

Le vrai basculement a eu lieu quand j’ai vu la roue d’une voiture mordre la bande exactement là où je pensais être protégé. Le conducteur clignotait trop tard, la voiture avait déjà commencé son rabattement, et la trajectoire du vélo se retrouvait coupée net. La bande peinte s’arrêtait dans la plupart des cas avant l’amorce du carrefour, ou se resserrait de quelques dizaines de centimètres avant de disparaître. C’est à cet endroit, pile au pire moment, que le danger montait d’un cran.

Depuis, je ne roule plus collé au marquage. Je prends davantage la ligne de sécurité au centre du couloir, surtout avant les intersections, et je ralentis avant la zone de conflit. Ce n’est pas une posture de bravade, juste une façon d’éviter le dépassement au chausse-pied. Et je garde en tête un détail très simple, la peinture raconte où je suis censé passer, pas ce que les voitures vont vraiment faire.

J’ai aussi changé ma manière d’aborder la pluie. Je freine plus tôt, je redresse un peu la trajectoire avant l’appui, et j’évite de mettre le vélo en légère courbe sur la partie lisse. Le petit bruit sec au passage d’une surface rugueuse vers la peinture me sert désormais d’alerte. Ce son, je l’entends presque comme un rappel à l’ordre.

Ce qui coince vraiment avec ces pistes peintes, au-delà de mon cas

Le problème technique saute aux yeux quand on regarde la matière elle-même. La peinture blanchie par les pneus devient polie, plus brillante que l’enrobé, et elle prend un aspect savon dès qu’il pleut. Les pneus de voiture y déposent une fine trace noire, signe clair que la bande n’est pas respectée comme un espace distinct. Sur un virage léger, ce simple film lisse suffit à faire décrocher la roue avant ou à me forcer à corriger trop vite.

Le comportement des automobilistes finit par vider le marquage de son sens. J’ai vu des arrêt minute, des portières ouvertes côté rue, des feux de détresse allumés sur la bande et des véhicules de livraison qui la prennent comme un sas de dégagement. À l’échelle d’un trajet urbain, cela change tout, parce que la ligne peinte devient la première zone occupée, jamais la dernière. Quand je passe là avec un vélo chargé, je n’ai plus le sentiment d’avoir une marge.

La coupure avant les carrefours reste le piège le plus net. La bande se décale, se resserre, puis s’évanouit juste là où les voitures tournent et rabattent leur cap vers l’intérieur. Le cycliste arrive alors dans l’angle mort, avec le sentiment de suivre une piste, alors qu’il entre déjà dans la zone de conflit. J’ai mis du temps à accepter que la continuité peinte ne vaut rien si la trajectoire réelle casse au mauvais endroit.

Ce qui m’a surpris, c’est le contraste entre quelques centaines de mètres rassurants et cinquante centimètres de vrai danger. Sur un axe droit, la peinture aide à lire la voie. Dès qu’elle longe un stationnement, une sortie de parking ou un rond-point, elle devient beaucoup plus fragile que je ne l’imaginais. Je ne sais pas si chaque ville utilise la même recette, mais sur le terrain, je vois la même faille revenir encore et encore.

À qui je recommande ça, et à qui je l’envoie ailleurs

POUR QUI OUI. Je la garde en tête pour un cycliste urbain régulier qui fait 10 à 20 minutes par trajet, roule sur un axe plat et droit, et cherche juste un repère visuel propre. Elle peut aussi dépanner quelqu’un qui traverse une zone peu dense, avec 500 mètres continus et peu de manœuvres latérales. Je pense aussi aux parents pressés qui veulent éviter le zigzag, à condition de ne pas confondre bande peinte et vraie séparation.

POUR QUI NON. Je la déconseille à celui qui débute à vélo et qui cherche un sentiment de sécurité net, parce que le marquage vend une protection qu’il ne tient pas. Je la déconseille aussi au cycliste qui roule avec un enfant derrière, un cargo chargé ou une remorque, car la moindre coupure de trajectoire prend tout de suite plus de place. Enfin, je la mets de côté pour quelqu’un qui accepte mal la pluie, les carrefours serrés et les portières qui s’ouvrent sans prévenir.

Je le dis aussi aux collectivités, sans détour. Une bande peinte seule ne suffit pas, et je le vois à chaque trajet où la voiture l’emprunte, la coupe ou l’écrase. Quand j’ai comparé des rues apaisées, des pistes surélevées et des bandes séparées par bordure, mon vélo a respiré tout de suite, et moi aussi. Mon verdict : sur le Cours des 50-Otages et la rue Paul-Bellamy, à Nantes, je garde la peinture comme un repère utile, pas comme une promesse de protection, et je ne la recommande que sur des trajets très lisibles, sans carrefour serré ni trafic nerveux.

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La rédaction