Une chaîne jamais graissée m’a coûté un dérailleur en deux ans

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Dérailleur et chaîne de vélo rouillés non graissés, illustration du coût d’une chaîne jamais entretenue

Ma chaîne de vélo a bloqué d’un coup dans la montée vers la place Graslin, à Nantes, et la facture est montée à 187 euros. La chape du dérailleur arrière a tapé les rayons avec un bruit sec, puis la jambe a pris le choc dans la pédale. Je roulais en ville, entre les arrêts et les redémarrages, et j’avais laissé traîner le problème pendant deux ans.

Je pensais qu’une chaîne sèche n’était qu’un bruit gênant au début

Je roulais tous les jours avec mon vélo, par moments chargé pour les trajets d’école avec mes deux enfants, par moments juste pour les courses. Entre deux horaires serrés et les journées pleines de mon travail rédactionnel, je laissais l’entretien au second plan. J’ai appris à regarder beaucoup de détails sur la route, mais là, j’ai laissé passer le plus bête. La chaîne faisait déjà du bruit, pourtant je me suis raconté qu’elle tenait encore. J’étais sûr de moi, et j’ai été convaincu qu’un chiffon passé vite faisait l’affaire.

J’ai fait l’erreur classique, celle qui ressemble à un nettoyage mais qui n’en est pas un. Je passais juste un chiffon sur l’extérieur, sans vraie lubrification, sans aller chercher la saleté entre les rouleaux et les axes. De loin, la chaîne ne semblait pas rouillée, alors je me suis dit que tout allait bien. De près, c’était autre chose. L’intérieur des maillons était sec, puis gris, puis piqué de petites traces orangées. La surface pouvait encore tromper l’œil, mais pas les axes ni les rouleaux. C’est là que j’ai compris, un peu tard, qu’une chaîne peut avoir l’air propre et être déjà malade dedans.

Le signal que j’ai balayé du revers de la main, c’était d’abord un bruit de crécelle, puis un grincement plus net au pédalage. J’ai aussi entendu ce petit clac-clac régulier au passage d’un maillon sec, différent du bruit d’une chaîne simplement mal réglée. Les passages de vitesses devenaient moins francs, avec ce délai entre le moment où je poussaiss la manette et celui où le pignon accrochait vraiment. Je pensais à un réglage, pas à une usure. Je me suis retrouvé à retoucher le câble, à vérifier la butée, à chercher ailleurs ce qui venait déjà de la transmission.

Le jour où la chaîne a sauté et le dérailleur s’est tordu contre les rayons

La montée était courte, mais raide. J’ai appuyé plus fort, et la chaîne a sauté d’un coup sous le couple, comme si elle s’était décrochée de l’intérieur. La chape a fouetté vers la roue, j’ai entendu le choc dans les rayons, et j’ai levé le pied d’instinct. Le vélo est resté debout, mais plus rien n’était net. Ce bruit sec et ce claquement brutal, c’est comme si la transmission te criait qu’elle est à bout, mais je ne l’ai pas entendu à temps. J’ai eu ce réflexe idiot de regarder le dérailleur avant de regarder la chaîne. Mauvaise idée.

Le problème ne venait pas d’un seul point, il venait d’une chaîne laissée sèche trop longtemps. Les maillons raides ne se pliaient plus bien, donc la tension passait de travers à chaque relance. Avec la pluie, la poussière de route et l’huile ancienne, une pâte abrasive s’était formée dans les rouleaux et autour des axes. À force, la chaîne s’est allongée, la cassette a pris cher, puis les galets du dérailleur ont commencé à tourner avec un petit bruit de roulement sec, presque en râlant. Quand j’ai tourné les galets à la main, l’un d’eux a senti le point dur. À chaque tour de pédalier, le tic revenait. Là encore, j’ai tardé à croire que tout cela venait de la même chaîne.

La réparation m’a pris une demi-journée, avec un vélo immobilisé au pire moment et une grande envie de m’énerver pour rien. Le dérailleur arrière a dû être remplacé, la cassette a gardé une partie de l’addition, et j’ai laissé 92 euros pour la pièce, 58 euros pour la cassette, 37 euros de main-d’œuvre. Le total a fini à 187 euros. J’ai aussi perdu du temps à chercher un créneau, puis à rentrer à pied après avoir déposé le vélo. Le plus rageant, c’est que la panne n’est pas tombée d’un seul coup. Elle avait prévenu pendant des semaines.

Quand j’ai enfin démonté la chaîne, j’ai vu ce que je ne voulais pas croire

Le vrai déclic est venu le jour où j’ai sorti la chaîne pour la nettoyer sérieusement. Entre mes doigts, elle a laissé un dépôt noir et pâteux, avec cette sensation de poudre abrasive mêlée à l’huile vieille. En la pliant à la main, j’ai vu des maillons raides, puis des traces orangées au fond des rouleaux. La chaîne ne paraissait pas spectaculaire vue de loin. Pourtant, au toucher, elle racontait déjà sa fatigue. J’ai passé le chiffon sur les roulettes, et une fine trace rouille/orangée est restée dessus. Là, j’ai cessé de me raconter des histoires.

J’ai quand même essayé de rouler encore, en me disant que ça tiendrait bien quelques trajets. Mauvaise intuition. Les petits sauts de chaîne ont suivi au démarrage, puis dans une côte, puis à la relance après un feu. Je me suis retrouvé à refaire le réglage du dérailleur plus d’une fois, pour rien. Rien ne redevenait net. C’était pénible, sale, et franchement idiot de ma part. J’ai fini par comprendre que j’avais laissé la chaîne sécher au point de faire travailler tout le reste de travers.

J’ai passé assez de temps sur des vélos de ville pour voir la différence entre une chaîne juste sale et une chaîne rincée de l’intérieur. Ce que beaucoup ratent, c’est que la corrosion ne se lit pas seulement sur le métal extérieur. Elle attaque les rouleaux, les axes et les maillons là où l’œil regarde mal. La poussière et l’eau finissent par se mélanger à l’huile ancienne, et cette pâte use tout ce qu’elle touche. Une chaîne peut donc paraître correcte à distance, puis mourir sans prévenir quand on remet du couple. J’ai payé pour apprendre cette nuance, pas pour la théorie.

Ce que j’aurais dû faire et ce que je fais maintenant pour éviter la catastrophe

Après ça, j’ai adopté une lubrification légère tous les 14 jours, puis un essuyage systématique de l’excédent avec un chiffon propre. Quand le vélo revient trempé, je lui laisse moins de patience qu’avant, parce que j’ai vu le prix d’un laisser-aller. Cette fois, je ne charge plus la chaîne à l’huile, sinon la crasse colle partout et la transmission devient lourde et sale. Le changement se sent tout de suite au pédalage. Les vitesses passent plus net, les galets tournent librement à la main, et la chaîne garde un aspect moins gris noir après la pluie.

  • bruit de crécelle ou de grincement qui change de timbre au fil des kilomètres
  • passages de vitesses moins francs, avec un délai entre la manette et l’accroche du pignon
  • galets de dérailleur qui grincent, ou qui ne tournent plus librement à la main

J’aurais préféré perdre dix minutes à graisser ma chaîne plutôt que deux ans et plusieurs centaines d’euros à réparer ce que j’ai bousillé. C’est brutal à écrire, mais c’est exactement ce que j’ai payé pour avoir attendu que le vélo couine franchement avant d’agir. Quand je repasse devant la Maison du Vélo, place Ricordeau, je pense à cette note de 187 euros et à la demi-journée perdue. Si j’avais su plus tôt que la chaîne sèche use la cassette et le dérailleur arrière à ce point, je ne me serais pas obstiné aussi longtemps.

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La rédaction